« Nueva Cadiz » - un nom hispanique pour une perle de verre vieille de 5 siècles.

 


En 1498, Christophe Colomb « découvre » au large de la « Tierra de Gracia », aujourd’hui le Venezuela, l’île Cubagua qui deviendra l’une des premières colonies espagnoles en Amérique du Sud et en 1528, par décret royal, la ville de « Nueva Cadiz » est fondée. L’île très convoitée, surtout par les pirates, recèle dans ses profondeurs sous-marines une grande quantité d’huîtres produisant des « perles de nacre », parures ayant valeur d’or très prisées en Europe. Les « indigènes » réduits en esclavage sont contraints de travailler comme plongeurs dans des conditions inhumaines. Maltraités par les colons, ils disparaîtront rapidement. Après 1550, la ville est abandonnée par les espagnols car elle n’est plus rentable, les bancs d’huîtres surexploités ayant disparus. C’est dans ce site archéologique que beaucoup plus tard, furent découvertes ces magnifiques perles bleues qui ont été naturellement nommées « Nueva Cadiz ». Ces perles ont été fabriquées à Venise au XVIème siècle, puis en Hollande, puis à nouveau à Venise, peut être en Bohème. Rien n’est sûr et cela reste un mystère.

 


Les « Nueva Cadiz » ont accompagné les conquistadores espagnols dans leur domination du Nouveau Monde aux XVIème et XVIIème siècles. Ces verroteries associées à d’autres pacotilles ont permis l’inégal échange contre de l’or, des épices, du tabac et des esclaves. Elles ont servi de monnaie dans tous les territoires conquis d’Amérique du Sud, particulièrement au Pérou où elles ont été trouvées en grand nombre avec des petites « Rosetta* » et elles ont été vendues en Amérique du Nord par d’autres commerçants. Elles étaient très prisées des « indigènes » car la couleur bleue représentait la couleur du ciel, couleur difficile à trouver dans la nature. Elles ont également été utilisées pour le troc en Afrique pendant les traites transsahariennes et transatlantique. Beaucoup ont été trouvées après 1960 en Afrique de l’Ouest, particulièrement au nord Mali et au Nigéria, mais aussi au Zaïre.


Cette perle de verre est en général droite, parfois torsadée, et longue (entre 5 et 80 mm). Elle était fabriquée selon la technique d’étirage de la perle à chevrons vénitienne appelée « Rosetta » et façonnée en section carrée à bords arrondis (de 5 à 20 mm de côté), avant l’étirage (opération qui maintient la forme). Elle n’a donc pas été pressée dans des moules étoilés comme la Rosetta et ne comportait que trois couches alors que la « Rosetta » pouvait en avoir jusqu’à sept.

 


A partir d’un noyau bleu foncé, deux autres couches étaient appliquées, une mince blanche et une extérieure, plus épaisse, qui pouvait varier du bleu turquoise lumineux et translucide au bleu profond. Certaines étaient faiblement meulées aux deux bouts, comme les perles à chevrons, faisant apparaître les couches intérieures. J. et R. Picard présentent dans leur ouvrage cité en références (page 109) des variations de couleurs : la fine couche blanche est associée à du rouge, du vert ou du jaune.


Aujourd’hui la « Nueva Cadiz » est une perle très appréciée par les collectionneurs du monde entier. Elle est une des perles emblématiques, avec sa cousine la « Rosetta », de la traite et de la colonisation européenne. Elles ont su traverser les siècles en gardant une partie de leurs secrets.


Ecrit par Guy Maurette et Marcia de Castro, sous le regard bienveillant de Marie-José Opper


Vous pouvez retrouver l’article de la « Rosetta » sur notre site en cliquant ici : « Toute une histoire »


RÉFÉRENCES
- PICARD, J. and R. 1993. Chevron and nueva Cadiz Beads. Volume VII – Beads from the West African Trade. Published by Picard African Imports / Carmel - California
- DUBIN, Lois Sherr. 1988. Le livre des perles de la Préhistoire à nos jours. Editions Nathan
- SMITH, Marvin and GOOD Mary Elisabeth, 1982. Early Sixteenth Century Glass Beads in the Spanish Colonial Trade. Cottonlandia Museum Publications
- GENNETT, Adrienne V. 2013. Glass Beads - Selections from The Corning Museum of Glass. 2013
- SMITH Marvin, GRAHAM Elisabeth, PENDERGAST David Beads: Journal of the Society of Bead Researchers vol 6 – 1994 European Beads from Spanish - Colonial Lamanai and Tipu, Belize
- LIU, Robert K. 1995. A unversal aesthetic. Collectible Beads. Ornament