« Lewis and Clark » - Une perle d'exception pour un hommage d'importance

Une perle d'exception pour un hommage d'importance: la première traversée du continent nord-américain d’est en ouest entre 1804 et 1806.

 


C’est une perle de forme ovale avec une décoration florale et un trait filigrané très fin blanc, bleu et rouge appliqué en spirale autour du noyau. Elle a été produite en grande quantité entre fin XIX - début XXème siècle à Murano et déclinée en de nombreuses couleurs, tant pour le noyau que pour le motif floral qui peut être jaune, bleu, turquoise, blanc transparent, vert … et sur le filigrane en chevauchement ou en relief.


John et Ruth Picard en ont identifié au moins une douzaine de variétés différentes, mais la plus appréciée et la plus connue de toutes est la « Lewis and Clark » d’un noir brillant à motifs floraux de couleur blanche, décorée avec un filigrane ondulé de couleur bleu, blanc et rouge. Attention, compte tenu de sa notoriété parmi les collectionneurs, de nombreuses copies, certaines presque parfaites, ont été fabriquées en Inde et en Bohème.


Cette perle d’exception est sûrement une des seules dans l’histoire des perles à porter deux noms patronymiques : ceux de monsieur Lewis et de monsieur Clark. Cette appellation est un hommage rendu aux deux premiers explorateurs qui ont traversé le continent nord-américain d’est en ouest entre 1804 et 1806.


Petit rappel historique
En 1803, la jeune nation américaine rachète la Louisiane à la France. Le président Thomas Jefferson qui veut explorer cet immense territoire inconnu, décrit comme sauvage, crée le « Corps des Volontaires pour la Découverte du Nord-Ouest ».

 


Son secrétaire personnel, le capitaine Lewis, et le lieutenant Clark commanderont l’expédition composée d’une quarantaine d’hommes. Leur but, en remontant la rivière Missouri, est d’atteindre l’océan Pacifique par le nord-ouest. Pendant 28 mois et plus de 12 000 kms parcourus, l’expédition étudiera à des fins scientifiques, la faune, la flore, la géologie, dessineront des cartes, chercheront des fleuves navigables afin d’ouvrir une route commerciale vers l’ouest et le Pacifique. Elle étudiera aussi les tribus amérindiennes rencontrées analysant leur degré d’hostilité à accueillir l’homme blanc, à commercer avec lui et à partager leur territoire.


A mi-parcours, l’expédition recrute un trappeur canadien-français Toussaint Charbonneau accompagné de Sacagawea, une amérindienne de 15 ans. Enlevée à l’âge de 11 ans par une tribu voisine et réduite en esclavage, Sacagawea a été gagnée à un jeu de hasard par Toussaint Charbonneau qui l’épouse. Sa connaissance des peuples rencontrés, de leurs langues et des territoires traversés assure pour une grande part le succès de l’expédition. La présence d’une femme autochtone dans le groupe a sûrement rassuré les tribus signifiant que l’expédition était une mission scientifique et donc pacifique ! Par deux fois, Sacagawea a sauvé les vivres, les journaux et les dossiers de l’expédition tombés dans des rapides et elle a négocié leur passage avec une tribu hostile dont le chef n’était autre que … son frère ! Morte à l’âge de 24 ans, cette amérindienne est aujourd’hui reconnue comme étant l’une des femmes les plus célèbres des Etats-Unis.

 


Et notre perle d’exception était-elle de l’expédition ? Lewis et Clark, dans leurs lourds bagages, ont emporté bien sûr, si on se réfère aux dossiers officiels de la préparation de l’expédition, des médicaments, des habits, des armes, des outils et aussi de nombreux cadeaux : des colliers et une belle quantité de perles de verre principalement monochrome, de type rocaille, provenant de Bohème ou de Chine. Des rouges, des oranges, des jaunes, des blanches, des grenats … L’utilisation des perles de verre pour gagner l’amitié des populations « indigènes » est une coutume à l’époque. Mais toutes ces perles transportées, alors qu’elles sont très populaires dans le nord-est sur la côte Atlantique, ont été souvent refusées par les amérindiens du Nord-Ouest, car seules les perles blanches et surtout les bleu clair et bleu cobalt étaient prisées et acceptées comme monnaie de troc.

 


En effet le bleu est une couleur difficile à obtenir localement avec des pigments naturels. L’expédition parfois affamée n’avait donc pas les bonnes perles pour l’échange. En fait, les perles préférées étaient les perles bleues dites « russes » ou « Russian blues beads ». A partir du XVIIIème siècle, elles étaient fabriquées en Bohème et étaient vendues partout en Europe, y compris en Russie qui les expédiait dans sa colonie américaine, l’Alaska. Ces perles servaient de monnaie de troc sur la côte Ouest de l’Amérique du Nord, surtout dans le commerce de la fourrure, produit très prisé à cette époque en Europe.


Il faut donc se rendre à l’évidence, l’expédition n’a jamais utilisé les fameuses « Lewis and Clark » noires que nous aimons car ces perles n’existaient pas encore à cette époque ! Elles ont été fabriquées à Murano, plus tard, au XIXème siècle et ont servi au troc, principalement en Afrique de l’Ouest où elles ont été transportées et utilisées en grandes quantités. Elles sont aujourd’hui très réputées et très recherchées par les collectionneurs du monde entier ; mais personne à ce jour ne sait, de manière sûre, pourquoi elles ont reçu ce « nom-hommage » ? Et qui en fût l’auteur ? Un fabricant de Murano, un marchand ou un collectionneur dans les années 80 ?


Le monde des perles sait garder ses secrets !


Ecrit par Guy Maurette et Marcia de Castro, sous le regard bienveillant de Marie-José Opper


RÉFÉRENCES
- PICARD, John and Ruth. 1989
Russian blues, faceted and fancy beads from the west african trade. vol. V
- DUBIN, Lois Sherr. 1988
Le livre des perles de la Préhistoire à nos jours. Editions Nathan
- FRANCIS, Peter. 1999
Beads of the world. A Shiffer Book for Collectors Edition 2
- BEADMAN 2008 .02.01. Bead Collector network
- SICK collection, Tropenmuseum - Amsterdam
http://beadcollector.net/cgi-bin/anyboard.cgi?fvp=/openforum/&cmd=get&cG=8323632333&zu=3832353932&v=2&gV=0&p=
- DISCOVERING LEWIS and CLARK
http://www.lewis-clark.org/article/301
- TROPENMUSEUM - AMSTERDAM
http://collectie.wereldculturen.nl/default.aspx?lang=en