la perle king, perle de troc par excellence

Fabriquée en grande quantité à Venise, à la lampe (« a lume ») ou plus tard au chalumeau, la « king bead » est une perle de verre opaque, enroulée à décor polychrome, de forme biconique et généralement de couleur verte, rouge, jaune ou noire. Les décorations, motifs linéaires, yeux ou lignes ondulées, sont appliquées manuellement, à partir de cannes de verre réchauffées. Puis la perle est roulée sur le marbre pour former les 2 cônes dont les dimensions peuvent dépasser les vingt millimètres. Cette perle, très populaire auprès des chefs africains, a été pendant plus d’un siècle « la perle de troc » par excellence. Surnommée « perle de roi », elle a servi, au négoce, particulièrement en Afrique entre la fin du XVIIIème et la moitié du XXème siècle. En 1865 le British Museum de Londres a racheté à un grand marchand de perles londonien Moses Lewin Levin, une collection de « carteséchantillon » de perles vénitiennes qu’il vendait sur les continents africain et américain. Une des cartes représente une vingtaine de « king beads », de couleur jaune, verte et noire. Elles étaient négociées contre de l’or en Afrique. La « king bead » a été une des perles les plus utilisées et les plus recherchées pendant ces périodes douloureuses de traite et de colonisation où elle servait de monnaie dans l’échange inégal. A partir du XVème siècle, de la verroterie et des produits dits de pacotille** contre de l’or, de l’ivoire, des épices et des esclaves. Plus tard, pendant le commerce colonial, contre les produits exotiques : café, coton, sucre, tabac, huile de palme, bois précieux …. Autant de marchandises que l’Europe découvrait et dont elle raffolait. Les perles de verre étaient de tous ces échanges, qu’elles soient fabriquées à Venise, en Bohème, à Briare en Allemagne ou aux Pays-Bas.

 

Ecrit par Guy Maurette et Marcia de Castro, collectionneurs de perles de verre anciennes, sous le regard bienveillant de Marie-José Opper

Lettre d’information APAF n°9 – Octobre 2017

* définition du troc dans le dictionnaire académique français 1932 : « Echange commercial d’un objet contre un autre. « Faire un troc avec quelqu’un. Le troc est la forme habituelle du commerce avec les peuples sauvages. »

** pacotille : de l’espagnol « pacotilla » qui désignait la marchandise qui était échangée contre des esclaves noirs : armes et poudre, alcool, textiles et « indiennes », mouchoirs de Cholet, barres de fer, métaux et verroterie contenant des perles de verre et des bijoux.

Références - DUBIN, Lois Sherr. 1988. Le livre des perles de la Préhistoire à nos jours. Editions Nathan. Voir reproduction de la « carte-échantillon » citée page 108. Sont visibles également, pages 108 et 109, les « carteséchantillon » utilisées pour le négoce de l’ivoire, de l’huile de palme et des esclaves. - GENNETT, Adrienne V. 2013. Glass Beads - Selections from The Corning Museum of Glass. - PANINI Augusto, 2007. Middle Eastern and Venitian Glass Beads. Skira editore, Milano