«Cornaline d'Aleppo » - Une perle vénitienne qui porte le nom d’une pierre et d’une ville.

 

Voici l’histoire d’une perle de verre dont le nom comporte deux indications accolées en apparence énigmatiques : « cornaline » et « Aleppo ». La cornaline est une pierre rare, Aleppo (Alep en français) est une cité multi-millénaire. Encore un mystère à élucider !


La cornaline est une variété de calcédoine rouge unie faisant partie du groupe des quartz. Les Romains l’exploitaient et les Egyptiens par pure tradition en faisaient le symbole de la vie, de la richesse et de la prospérité.


Aleppo est une des plus vieilles cités du monde, habitée depuis 5000 ans, hier capitale économique de la Syrie, aujourd’hui ville martyre dans un pays ravagé par la guerre. Alep, cité prospère, devenue arabe en 637, a toujours été un carrefour marchand entre la Mésopotamie et la Méditerranée, entre le monde arabe et l’Occident. Au XVIème siècle, les Vénitiens font à Alep, l’essentiel de leur commerce avec les pays du Levant.

 


La « cornaline d’Aleppo » est une perle tubulaire composée de deux couches de verre. Un noyau blanc ou jaune recouvert d’une couche extérieure en général rouge foncé qui couvre le noyau. Mais d’autres couleurs ont pu être utilisées comme le jaune ou le rouge orangé et même un rouge plus vif s’approchant du rouge rubis. La fabrication de cette perle par étirage est très ancienne car elle a accompagné l’exploration et la colonisation européenne en Afrique, en Asie
et en Amérique depuis le début XIXème siècle (1).


Fabriquée à Murano jusqu’au milieu du XXème siècle, elle a servi au troc en Afrique, particulièrement utilisée pour l’achat de l’ivoire et de l’huile de palme. Dans le commerce nord-américain, elle portait le nom de « perle de la baie d’Hudson ».


D’après Jamey Allen (1), seule cette perle tubulaire peut être appelée «cornaline d’Aleppo», car d’autres perles enroulées à couches multiples, de couleurs identiques et à coeur blanc ou jaune ont été fabriquées sous toutes formes (2) et toutes dimensions (3). Les perles « à yeux », perles protectrices, ont été aussi produites en très grandes quantités, mais les perles les plus recherchées par les collectionneurs sont les sphériques à décorations florales, rehaussées pour certaines, par des traces d’aventurine ou même d’or. Toutes ces perles, très populaires, ne peuvent pas être appelées « cornaline d’Aleppo ». Elles sont des perles à « coeur blanc » ou à « coeur jaune » (4).

 


Pour conclure et pour tenter de lever le mystère par une explication simple. Le nom « cornaline d’Aleppo » vient du fait que la couleur de cette perle, très demandée par les commerçants d’Alep, imite celle de la cornaline, pierre magique depuis la plus haute Antiquité. Le « rouge Alep » ou le « jaune Alep » devinrent chez les fabricants de perles, des teintes originales dans la gamme des couleurs. John et Ruth Picard parlent de ce « vieux rouge glamour » que les Vénitiens produisaient au siècle dernier !


Ecrit par Guy Maurette et Marcia de Castro collectionneurs de perles de verre anciennes, sous le regard bienveillant de Marie-José Opper


(1) article de Jamey Allen du 2/10/2009 sur le forum de « Bead collector » / http://beadcollector.net/
(2) formes sphériques, ovoïdes, discoïdes et même cubiques à coins aplatis, perles décorées ou non.
(3) y compris les minuscules perles rocaille appelées rikiki en Afrique.
(4) pour les anglo-saxons elles sont des « white heart beads » et « yellow heart beads ».


Références
- PICARD, John and Ruth. 1988 / White hearts, feather and eye beads from the west african trade. vol. IV
- SICK collection, Tropenmuseum – Amsterdam / http://beadcollector.net/cgibin/